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Zana la nashize

Publié le par Fabien Maisonneuve

Zana la nashize

- Zana -

Il fallait dire adieu à mon bel Arasil, mon oiseau d'amour.

Je le voyais dans le patio, embarrassé par tous ces préparatifs. Il ne savait pas comment me déclarer ce qu'il ressentait, il était malhabile et si sensuel...

Mais au moins il ne parlait plus comme un animal, il avait appris le langage des hommes, et, ce qui me faisait le plus peur, il avait appris les femmes. J'étais la première, sûrement pas la dernière. J'allais sûrement m'abîmer dans les affres de la folie en pensant à lui dans les bras des courtisans, alors qu'il allait à la gloire du jupon des reines. L'histoire d'un prince et d'une bergère. L'histoire d'un amour volé au destin, l'histoire la plus palpitante de toute ma vie, certainement pas celle qui ferait sa joie quand il accèderait à l'héritage. Encore qu'il était plus probable, en définitive, que ne le revoyant jamais en tout état de cause... Ce soit par la faute de cette maudite guerre.

Il était le porteur de voix des oiseaux de chance du pic de Timra, il était le fils héritier de Kaddar Kalderade, il était là, devant moi, amant et fiancé de coeur, mais incapable de rester. Quelle plaie! Pourquoi ce destin? Pour quoi me le donner pour me le reprendre? 

Pourquoi, pourquoi, pourquoi?

Comment pouvait-il? Pourquoi n'avais-je pas la force de renoncer à ce palais et à une vie meilleure? Mais déjà je sentais en moi un espoir. Je sentais en moi une confiance. Je sentais en moi une joie d'être. Il ne me quitterait jamais. Nous étions réunis. Nous étions unis. Nous étions "accouplés" comme il le disait, avec son langage de simurghs. Il y avait cette certitude qui ne me quittait plus, il y avait ce souvenir encore présent. Il y avait cette évidence, il y avait ça, c'était plus fort, plus grand que tout ce qui pouvait advenir.

J'avançais auprès de lui alors qu'il était sur le point de monter sur sa jument. Je le tenais à une distance trop intime pour que m'échappe le moindre de ses sentiments dans son regard intense. Des lapis lazuli qui tremblaient et éprouvaient de la peine. Et même si sa peine était une joie, elles ne m'étaient d'aucun réconfort.

Il eu le commencement d'une larme et s'en surpris. Arasil recula d'un pas. Non, il ne m'échapperait pas. J'avais droit sur lui. Droit à lui. 

D'un mouvement brusque je m'élança à son cou et le serra contre moi. Je senti toute la tension en moi, toute la rage, et les larmes coulèrent. Je saisi violemment sa bouche dans la mienne et je lui adressa le plus tendre et le plus généreux des baisers. Laisse moi encore un instant. Laisse-moi cet instant. Je vibrais, je tremblais et mes veines libéraient une chaleur sans pareil depuis le bois du ksar. Encore. Encore. Encore un peu. Toujours.

J'entendais sa gène et sa peur de me perdre transpirer. Oui. Non. Ce n'était pas ce que je voulais. C'était ce que j'avais. C'était là tout de mon bonheur à cet instant. C'était toute ma planche de salut. Et elle était sur le départ. Non. Encore.

 

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