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Les Conseils du Séraphin

Publié le par Fabien Maisonneuve

Les Conseils du Séraphin

- Conteur -

Dans une vapeur jaune, Arasil -qui venait d'étreindre Zana et de se départir tant bien que mal de son bonheur perdu- voyait apparaître le bon Fereydoun, ailé.

Les faucons d'airain qui escortaient le prince en tenue de mercenaires, bannis par Hamilcar pour leur fidélité à Harakim, se dressèrent sur leurs montures, ressaisis.

Fereydoun était vêtu d'un brocart vert et ses ailes avaient des teintes d'or et d'argent. Il portait toujours admirablement sa longue barbe tressée et huilée, translucide et lumineuse. Ses yeux pétillaient. C'était cela qu'il voulait voir, le bel Arasil capable de changer le monde, capable d'accepter d'avancer en toute circonstance, glissant sur les guerres comme un savon jamais pris dans leurs filets, toujours alerte et altière.

Le séraphin comprenait tout aussi bien les secrets de sa nouvelle condition que de l'ancienne. Il savait voir plus loin que le silence des anges. Il entendait vibrer la Fontaine de Vie comme une corde de luth. Il sentait désormais cette présence amicale comme sa propre ombre, ombre qui n'accompagnait plus ses pas, remplacée par un halo, une aura brillante.

L'espoir était de mise en voyant l'équipée. La nouvelle génération était là. Les kalderades avaient une nouvelle page à écrire. Dignes descendants des Banu Armadar, dignes héritiers de Mezdahor, dans l'attente d'une nouvelle ère de paix. En somme, Fereydoun savait que Zana avait le coeur en morçeaux, et pourtant, il voyait que son premier ami humain, transfiguré, était en fête. Quelle étrangeté. Perdre pour gagner. Mais les plaies de la croix étaient encore parfois douloureuses, elles le chatouillaient.

- Salutations, Fereydoun.

- La grâce soit sur toi, jeune prince. C'est la dernière fois avant longtemps que je te témoignerais tes titres. Sais-tu seulement ce que tu vas faire à Atka'ab?

- Oui, Fereydoun, nous en avons parlé avec Harakim. Le plan est clair dans ma tête.

- Et pour le reste?

- Le reste?

- Un plan est une chose, un savoir-faire pour le réaliser, c'est encore autre chose... Qu'espères-tu dire à Omar pour qu'il ne commence pas par te passer par le sabre?

- Des choses qu'il aimera entendre, par exemple.

- Ne soit pas servile avec aj-Jahl, je l'ai vu à l'oeuvre. Son talent politique force le respect, mais il a sur lui la marque de la scélératesse. Cruel, pervers... Des choses qu'il n'y a pas en toi. Des choses qui ne doivent pas être négligées. Même en tout état de cause, si la douceur sera la meilleure approche. Et la force. Tu es un mercenaire shadirite, à la recherche de la bonne fortune. Si tu t'en tire bien, tu apprendra à danser avec le diable, et ainsi, à te départir de tous ses maléfices.

- Je m'en souviendrais.

- Nous verrons, et nous accomplirons ce qu'il faut. Tout se joue dans la subtilité de ton charisme. Dans la manœuvrabilité de son esprit. De même qu'il a sû échapper à la vigilance des profanes pendant si longtemps auprès de Kaddar ton père, il se peut que tu échappe à la sienne.

Fereydoun marqua un sourire lumineux. Le prince Kaddar lui rendit son geste d'un hochement de tête. Le séraphin avait visiblement terminé de donner son conseil. Sans un mot, ils se disaient bonne route. Arasil et les faucons d'airain quittaient Dar al-Qarayn, ceints par le devoir.

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